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Jour 0


Jour 0, c'est le jour du départ. Un jour qui vous attendait depuis un bon moment maintenant. Vous allez prendre l'avion ; pour aller de la France, où vous avez toujours vécu, casanier, à l'Inde, dont vous n'avez qu'entendu parler.


L'opportunité de voyager (ce qui semblait être votre souhait même) que vous avez saisie s'était présentée à vous sous forme d'un Service Civique à l'International (SC / SCI). Késako ? L'État français vous propose de travailler dans une association agréée pour une durée d'entre 6 mois et 1 an, en vous indemnisant. Votre mission apporte une valeur ou une aide plus ou moins grande, plus ou moins concrète, plus ou moins existante ; dans divers thèmes, tels l'aide humanitaire, l'environnement, l'éducation, la santé. Vous pouvez y postuler sans diplôme particulier, jusqu'à 25/30 ans, et l'organisme qui publie une annonce pour une mission s'attend en règle générale justement à recevoir quelqu'un sans compétence spécifique certifiée. Des missions à l'étranger sont aussi publiées lorsqu'une association française agréée a une empreinte ou un partenaire dans un autre pays.

En l'occurrence, votre mission est dans le thème Éducation. Vous avez pu avoir des informations supplémentaire, pendant l'entretien pour la mission, et vous faire une idée un peu moins vague du quotidien qui pouvait vous attendre. Vous avez compris que ce manque relatif de précision quand à la mission est dû au fait que la mission peut être, dans une certaine mesure, modelée à ce que vous voulez et savez faire.


Quelques mois passent ; au nom des délais administratifs, de la préparation, et du "on n'est pas à ça près" / "c'est pas urgent" inconscient.


Et très vite, vous vous retrouvez dans l'aéroport. Vous dites un dernier au revoir. Pas après pas, vous vous sentez bien. Puis un sentiment un peu vertigineux et agréable vous prend : celui de liberté. Vous avez toujours été plus ou moins libre, mais là, vous vous sentez libre.

Le chemin jusqu'à l'avion est indiqué, vous n'avez qu'à marcher et patienter, et vous y voilà.


Précédé par trois heures de retard, la première moitié du vol international est tranquille. Pendant la deuxième moitié, vous faites connaissance avec votre voisin de rangée, qui, comme tous ceux à bord dont votre mémoire se rappellera, était indien. Un cuisinier, revenant du pays où il vit et travaille en ce moment, vers le lieu où il avait vécu jusqu'alors.

Vous voyez, sur la piste d'atterrissage, les hommes en T-shirt à l'air libre sur les véhicules de manutention. Il fait bon, apparemment.


À l'arrivée dans l'aéroport où vous resterez en transit, vous avancez, vous regardez votre montre et votre ticket d'embarquement, vous avancez plus vite, vous patientez un long chouïa dans la zone d'immigration, en partie en face d'un officier qui parle particulièrement vite et peu fort, de plus derrière une vitre en contrebas, et qui semble faire tout à tiers-vitesse, y compris regarder derrière vous pour observer le passage ; vous regardez frénétiquement votre montre, vous courez chercher votre bagage pour le mettre en soute dans le prochain avion, courez en cherchant votre chemin, vous courez, puis vous patientez, patientez, patientez, patientez, patientez. Ici, il est tout à fait normal de couper des files de personnes de manière indifférente, sans la moindre interaction. Autour de vous vous ne voyez personne de pressé ; ça n'a vraiment pas l'air à la mode ici. L'heure de votre embarquement est maintenant dépassée, vous patientez encore un peu au scanner. Vous courez, traversez la zone duty-free d'un des plus grands aéroports du monde, ne pensant qu'à courir. Musique d'ascenseur. Vous courez, vous approchez de la porte de votre embarquement et entendez des gens crier votre destination. Ils vous attendent, vous entrez dans le bus, vous entrez dans l'avion pour le vol domestique.


Vous vous rendez de plus en plus compte de votre difficulté à comprendre l'anglais indien. Ils vous donnent tous l'impression qu'ils ne parlent pas assez fort, mâcher leurs mots, et parlent beaucoup trop vite pour vous en milieu de phrase. Dans la majorité des cas, vous ne savez pas, après la première phrase, si la personne vous parle anglais ou Hindi, alors qu'il s'avère que c'est preque tout le temps anglais.


Vous décollez. À votre côté, encore une fois un contact intéressant. Un vrai savant, un chercheur multi-discipline, ayant vécu à l'étranger depuis jeune, étant resté dans son nouveau pays jusqu'à aujourd'hui, nationalisé et aujourd'hui retraité. Même une expédition en Antarctique au compteur. Il vient en Inde revisiter et visiter son pays natal.

Fasciné par ce que vous voyez par le hublot, vous admirez les paysages gigantesques, parsemés de conglomérats de bâtiments. Les grandes villes ressemblent à des dessins sur du sable, et les plus petites, tout de même à des mosaïques - au milieu des champs, des collines, ou des forêts. Vous volez haut, littéralement seulement. Les couleurs sont un peu diverses.