Accueil   Jour 000 - Départ   Jour 001   Jour 002   Jour 008   Jour 009   Jour 010   Jour 014   Jour 015 - L'Étranger   Jour 017   Jour 018   Jour 024 - Se vider   Jour 032   Jour 042   Jour 043   Jour 053   Jour 069   Jour 081

Jour 24


Aujourd'hui, vous écrivez des pensées.



Vous vous levez à 6h pour votre premier cours de Yoga. Une trentaine d'élèves sont présents, et le professeur préside l'amphithéâtre. À la fin, vous parlez avec celui-ci des bienfaits du yoga pour le corps et l'esprit. Vous êtes le premier à la cantine, en avance, et vous mangez paisiblement vos galettes molles, à tremper dans deux sauces que vous avez mélangées.

Ces jours-cis, vous avez pensé à plein de choses. En vous demandant maintenant un exemple à écrire, vous n'en trouvez pas, du moins pas directement. En ce moment, vous ne pensez pas souvent avec une trajectoire définie, ou sur un plan d'idées à faire croître pour une utilisation précise ou quotidienne, avec un but en tête ou un objectif en vue ; vous laissez des idées diverses s'assembler pour créer une couleur qui, par son intensité, son caractère si particulier, sa nouveauté à vos yeux et votre cœur, son goût étoilé doux ou amer, son odeur de madelaine de Proust, sa sonorité nostalgique que vous êtes certain d'avoir entendu avant votre naissance, sa texture qui vous fait frissoner, agréable comme désagréable, vous rend heureux. Libre à l'intérieur, moins à l'extérieur. Certains préfèrent être libre sur Terre, et moins dans les airs : contrôler son esprit pour accomplir dans la réalité. Est-ce que vous contrôlez la réalité pour accomplir votre esprit ? Difficile à dire. Vous ne savez pas vraiment vous situer, et avez du mal à préférer. Vos pensées sont à l'univers ce que le vagabond est au monde. Tout ce qui peut être pensé fait partie de l'univers ; jusqu'où pourrez-vous penser, pourrez vous atteindre les limites de votre univers ? Si l'univers a des principes fondateurs. et non restricteurs, il est peut-être infini ; et il vous semble infini. Il serait alors logique que le monde physico-concret de notre planète soit aussi infini, puisqu'il contient un pointeur vers les idées possible de l'univers, qui y sont d'une manière annexées. Bref. Dans un sens, vos pensées sont entre le rêve et la réalité : vous divaguez, vous êtes dans votre monde. Votre petit doigt (un autre vous, en quelque sorte) vous dit que vous avez peut-être nourri par le passé, inconsciemment, la pensée que c'est dans un tel monde que les choses ont/auraient un goût pour vous ; le scientifico-objectivo-réalisme obnubilé a peut-être cessé d'être votre idéal. Vous auriez choisi le détachement. "Il y a un juste milieu", on vous dirait ; "être selon les circonstances", sinon. Se concentrer en entier, faire abtraction des circonstances, et atteindre une grande liberté, dans un monde, dans l'autre, ou dans un tiers, semble attrayant. Plus peut-être qu'une demi-liberté dans chaque monde.

En écrivant, vous voyez des erreurs de grammaire se glisser dans vos phrases, naturellement. Si vous cherchez à transmettre une suite de choses abstraites clairement, filtrer vos pensées par l'orthographe vous ferait perdre le fil, selon vous.



Avant-hier, vous êtes retourné dans la grande ville près de l'école. Vous étiez deux. Outre une bonne marche à travers la ville, parfois en conjonction avec les voitures, repassant par des temples et des rues, un bon déjeuner, en taille et en goût, et en épices, finement préparé bien qu'en une minute à la poêle préchauffée dans un petit restaurant de rue, à 70 centimes et dégusté l'assiette en carton sur un tabouret, et quelques rencontres succintes et agréables, dont celle d'un Indien qui était venu en France travailler dans un vignoble, qui parlait plutôt bien français et dont le fils était en ce moment en France ; vous vous êtes retrouvé dans une ruelle de bidonvilles. Comme partout ce jour-là, des personnes étaient contentes d'un échange de salutations de la tête avec vous, contentement à chaque fois réciproque ; les enfants vous faisaient, sans bouger et généralement en groupe, un coucou de la main avec un grand sourire. Le nombre de personne qui interagissaient avec vous était raisonnable, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer. Vous n'étiez pas sous pression. En tout cas, c'est votre ressenti. Certains jeunes hommes vous arrêtaient un peu, vous appelaient frère et discutaient avec vous, souvent au moins pour savoir d'où vous venez, jamais de manière insistante. L'un d'entre eux, de peut-être 16 ans, avec un petit groupe, voulait une photo avec vous faite avec son téléphone ; vous voyez bien qu'il n'y a pas de risque et que ça lui ferait très plaisir, mais l'idée têtue, et en ce moment variable, que vous avez des photos, vous fait décliner. Ce que vous savez être un peu insensé. Votre partenaire de marche est moins intéressé par ces interactions et continue de marcher, un peu vite. Sur les 10 prochains mètres marchés figurativement à reculons, vous vous sentez regretter. Lui vous suit du regard, voyant votre tête se retourner plusieurs fois et votre hésitation à faire demi-tour se réduire peu à peu avec la distance croissante, espérant une simple photo et ne vous comprenant pas.

Vous ne vous comprenez pas non plus. Cette photo aurait fait plaisir à lui comme à vous. Que l'autre vous ait bien fait ou mal fait de vous faire décliner, votre entêtement à une idée a gâché ce moment. À quoi l'entêtement sert-il, sinon gâcher ? Appeler ça de l'entêtement suppose qu'avec suffisamment de temps pour y réfléchir et jauger votre ressenti, vous auriez accepté cette photo ; ce que vous pensez, au moment de l'écriture, être vrai. Désolé, jeune homme. La prochaine fois, ce sera probablement oui.

Sur une place de marché, alors que vous finissez votre journée dans cette grande ville, trois personnes vous approchent, et vous présentent un bloc de feuilles à déchirer. Elles récoltent des dons. L'une des trois guide les deux autres, l'une sans yeux, et l'autres dont vous ne voyez que leur blanc. Vous donnez très peu, n'ayant pas de quoi faire un intermédiaire entre la petite monnaie que vous avez et les gros billets que vous aviez précédemment retiré, pensant qu'ils étaient la plus petite unité de monnaie. Puis vous arrachez une page du bloc, qui n'est pas la vôtre. vous accourez à votre taxi, et lui donnez un billet pour le trajet de 45 minutes, 25 fois plus d'argent que votre don.

Honteux. Encore une fois, vous vous sentez con dans l'histoire.



Dans vos premiers jours ici, vous avez perdu votre K-Way. Ces deux derniers jours, vous avez perdu votre montre et votre gourde nouvellement acquise. Vous verrez pour les retrouver. Vous oubliez aussi souvent votre sac à la sortie des cours, ou vous vous en rappelez au dernier moment.



En ce moment, vous remarquez que vous parlez avant de réfléchir, en conversation

Vous commencez souvent des phrases, en français, avec l'espoir qu'une bonne suite de phrase vous vienne, ce qui n'arrive pas souvent. Le mot juste vous vient trop rarement, lui aussi. Mais l'écriture de ce blog et, comme pour tout, le sommeil, participent certainement à vous améliorer.



Vous vous lancez dans quelque chose, et arrêtez qund l'intérêt de la chose se présente justement ; qu'il s'agisse de l'apprentissage d'une langue, d'un art, d'un sport ou d'une science, de la mise en place d'une habitude ou d'un projet, ou, s'il n'y avait personne derrière, de l'écriture de votre blog. C'est probablement lié au fait que lorsque vous avez du temps, vous vous lancer dans autre chose de nouveau, et ça vous paraît logique, vu comme ça.



Au basketball hier, des élèves (dont un médaillé d'or de MMA dans l'état d'Inde où se trouve l'école, mais qui ne peut pas s'entraîner à ça dans l'école) vous apprenaient des choses, sur les matchs, auquels vous participiez. Mais vous avez l'impression, et ça fait pas mal de fois que vous l'avez, de ne pas correctement prendre en compte l'information qu'on vous donne. Vous la comprenez, savez l'exécuter et savez reconnaître ou elle s'applique, mais vous êtes comme ailleurs, vous n'arrivez pas directement à allier vos réflexes et l'information nouvelle. Vous avez le cerveau ramolli. Vous apprenez lentement, des choses qui pourrait être faciles. Vous avez du mal à prendre en compte l'extérieur, en quelque sorte. C'est assez ennuyant, et vous devriez probablement y porter de l'attention. Ça vous semble si important. Vous pensez d'abord à la nutrition, au soleil, à l'âge, et au mode de vie. En général, ce genre de chose est un tout, il vous semble ; et vous êtes depuis plusieurs semaines dans un environnement très différent. Et ce tout est peut-être en contrepartie d'autre chose de bien qui vous arrive. Puis vous vous êtes dit que l'idée précédente était un peu bête et que c'était autre chose de simple que vous n'avez pas capté, et vous êtes passé à autre chose. Très vague, mais c'est une réflexion que vous avez eu.