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Jour 14


Vous vous réveillez deux minutes avant votre sonnerie prévue à 7h. Vous vous lever 25 minutes et trois sonneries plus tard, et allez au toilettes. Sur le retour, vous avez particulièrement envie de revenir dans votre lit. Vous y repassez trois heures, pour un total de plus de 12 heures dans votre lit. Ces trois dernières heures sont si agréables que, sur la partie où vous ne dormez pas, vous n'entendez même plus les bruits extérieurs permanents, et le matelas vous semble très confortable, en fait.

Ce que vous avez à l'esprit, c'est avant tout comme d'habitude des idées abstraites et volatiles, de contemplation aléatoire de l'univers. Un état rêveur. Un état que Gérard de Nerval a passé sa vie a cultiver : vous avez lu, la veille, quelques pages d'une collection de quelques-unes de ses œuvres ; introduite par une belle préface de Paul de Saint-Victor, vous expliquant avec un grand respect le recul et le détachement de l'auteur au concret, ainsi que son lien particulier avec la plume, qui lui permet d'écrire à la fois de façon cohérente et si détachée. Vous avez cru lire à la troisième personne des pages écrites à la première. L'auteur semble être un narrateur omniscient de la réalité, mais percevant le monde concret à travers le corps de Gérard de Nerval.

Vous avez aussi à l'esprit quelques choses à faire et des choses de la veille : votre conscience. Ceci inclut :


Finalement, vous vous levez et écrivez ce blog jusqu'à la phrase suivante ; c'est plutôt plaisant. Et vous sortez, pour l'heure de la cantine.


Revenant maintenant, vous lisez. Vous lisez. Vous finissez L'Étranger. Captivant.

Vous trouvez que ce personnage vous ressemble beaucoup. Dans l'être. Dans sa manière de parler d'abord, puis aussi d'agir, puis aussi de penser. Il est plus honnête que vous. Il est plus indifférent que vous.

C'est ça : vous êtes quelqu'un de relativement indifférent. Ça vous décrit bien. Assez indifférent pour être un peu bizarre, être difficilement persuadé de l'importance de quelque chose, pour ne pas sentir les changements de mode de vie comme un choc culturel, pour être intéressé par un peu tout et ne rejeter aucune idée, tant qu'elle est cohérente ; mais probablement pas aussi indifférent que le protagoniste de votre lecture éclair (vous mettez beaucoup plus de temps à finir un livre, d'habitude). Vous n'êtes jamais à l'aise pour parler de vous, mais ici, ça vous semble plutôt honnête et pertinent, et vous estimez la marge d'erreur causée par votre biais et votre ignorance négligeable. Osé. Mais bon, pour une fois que vous affirmez quelque chose.

Vous pensez ensuite : peut-être que chaque personne, toute plus ou moins indifférente, peut s'assimiler au personnage tel que vous avez pu le faire. Et : il vous semble maintenant que l'indifférence facilite l'honnêteté, non au sens moral ou antique, mais dans le sens de la franchise, de l'attachement à la vérité derrière les mots ; ce qui ne vous semble pas illogique, en soi.

Petite interruption : un gros pet, au dessus de la moyenne en tout point, dans toute sa détente, sa splendeur, son naturel ; lâché par fatigue des étages mais avec soin, attention, respect, et souhait de complétude, comme une bombe sonore musicale du haut des escaliers, résonnant dans le vide en béton de l'unique couloir vertical de votre bâtiment. L'entrée dans votre conscience de ce pet vous sort de votre bulle un instant. Un rire nasal chuchotant et un grand sourire vous animent. Vous n'avez jamais vu quelqu'un descendre aussi vite les escaliers en toquant à toutes les portes, que ce pet. Vous êtes en train de donner des nouvelles au lecteur, celui-ci vous rappelle. C'est peut-être en partie pour ce genre de paragraphes potentiels que vous évitez de trop partager votre blog. Vous réalisez que c'est l'heure de dîner, que vous allez même être en retard si vous traînez un peu.

En tout cas, vous suivez tout le livre avec une grande facilité, par la plume simple de l'auteur, mais vous ne saisissez pas vraiment toute la gravité que vous percevez de la fin. Vous la relirez probablement d'ici peu.

Donc vous arrivez en retard à la cantine. Vous rencontrez deux personnes qui y travaille, très agréables et intéressantes. On vous apporte un plat pendant que vous discutez avec eux. Vous faillirez à votre objectif de manger lentement, pensant que ces gens travaillent peut-être à la cantine et vous attendent pour finir leur journée. Et comme on vous a servi sans que vous choisissiez les quantités (les cuves de nourriture ayant été rangées), vous sortez avec le tronc massif de semi-liquides un peu épicés, vous étant forcé à finir parce que c'est comme ça pour les élèves de l'école. Vous y avez d'abord vu une limite au bon de la générosité des gens de la cantine ; mais c'est aucunement de leur faute, vous vous êtes mis dans le pétrin à traîner. Et aussi, en ayant lu et écrit toute la journée, vous n'avez pas fait de sport, du tout Vous vous êtes un peu isolé, d'une certaine manière.

Il est 22h30. Vous finissez d'écrire, publiez, et faites cinq minutes d'exercices de souplesse conseillés par le professeur de yoga à qui vous devrez enseigner l'anglais, avant de penser dans votre lit et de vous endormir vite. À demain, vous espérez.