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Jour 1


C'est à côté d'une ville magnifiquement et extrêmement colorée que votre avion descend.

Vous prenez vos bagages et sortez.


Quelqu'un était censé vous attendre. Vous réalisez les klaxons, et que le nombre d'instants sans bruit de klaxon est minoritaire. Vous enlevez vite votre sweat. Une personne arrivera une demi-heure plus tard, votre nom à la main et allant attendre à la sortie de l'aéroport. Vous allez le voir.

Un jeune homme, qui n'a pas l'air convaincu que c'est vous qu'il vient chercher, ou peut-être aussi qui n'a pas trop envie de vous conduire, vous. Quand vous lui parlez, soit il vous jette un regard, soit il murmure quelque chose tout haut. Vous comprenez tard qu'il ne parle probablement pas anglais. Vous n'avez aucune idée d'où il va vous conduire.

La circulation vaut sa réputation : voitures, camions, motos et tuk-tuks (ou touk-touks ou touctouques) se partagent la route, à des vitesses variables. Vous remarquez notamment deux jeunes filles traversant l'autoroute à moitié concentrées sur la route, ainsi qu'un homme au téléphone, assis sur la séparation du milieu de l'autoroute, dont les pieds nus relâchés sur le bitume font faire un petit virage à chaque véhicule sur la voie de droite. Vous arrivez bien au bon endroit. Vous espérez ne pas avoir à payer la course, logiquement aux frais de l'école où vous devez vous rendre, car vous n'avez pas de rupees ; une signature suffit.


On vous ouvre une porte dans la grille pour que vous entriez. Quelques bâtiments et arbres vous bloquent la vue du bout du campus. Une sorte de golfette vous prend, vous vous laissez conduire et discutez un peu avec les deux personnes qui vous accompagnent. Encore une fois, vous galérez à comprendre leur anglais, mais ça n'a pas d'importance.

Le chemin est très fleuri : orange, jaunes ou rouges, les fleurs sont bien organisées, et leurs couleurs sont intenses. Elles ont été plantées dans la terre 20cm sous le sol. Elles ne sont qu'une partie de l'harmonie visuelle qui s'offre à vous : le vert de l'herbe et des arbustes plantés sur le passage vers l'entrée est paisible et un peu lourd.


Deux cents mètres plus loin, vous descendez vos affaires du véhicule au pied d'un bâtiment de 3 ou 4 hauts étages. Le bâtiment où vous dormirez semble fait uniquement de béton, carré à la base. C'est un de ceux avec des fenêtres dans les trous. Comme presque tous les autres du campus, il est unicolore clair avec un dégradé naturel vers le gris.

Vous entrez.

On vous présente (attention) votre suite, sans sembler très sûr que c'est là que vous êtes censé dormir. Elle est au rez-de-chaussée. La porte d'entrée peut être verrouillée de l'extérieur. Les pièces sont grandes et vides. Il y a des emplacements muraux avec plusieurs interrupteurs (jusqu'à 5 ou 6), mais seulement un, sinon aucun, allume une lumière. Les prises ont 3 ou 5 trous, et le premier branchement que vous effectuez fait jaillir un éclair électrique. Des fenêtres dans toutes les pièces ; la lumière du jour éclaire très bien le lieu. Des rideaux sont présents aux fenêtres, semi-transparents. Dans les pièces de bain, cependant, pas de fenêtre, mais quelques stores, gros, durs, semi-fermés et fixés dans le béton peuvent permettre une superbe vue en plongée de l'emplacement de la douche sans murs depuis l'extérieur. Les toilettes sans lunette sont marron (de saleté, visiblement difficilement curable) au lieu de blanc. Deux matelas une place côte à côte, ont la consistence du polystyrène ; marcher dessus ne les déforme visiblement pas, sans qu'ils soient durs pour autant quand vous vous allongez dessus.


Maintenant seul, vous posez vos affaires, réfléchissez et décidez de faire un tour à l'extérieur. Vous suivez l'intérieur du grillage qui entoure l'école.

La verdure grandissant à votre gauche alors que vous marchez, le soleil vous fait face ; vous réalisez qu'il fait très bon. Tout juste chaud, pas de vent, pas de nuage.

Puis, au dessus des feuilles des arbustes, vous apercevez un terrain de basketball extérieur. Le sport est bon pour la santé, c'est une bonne initiative. En vous approchant, surprise ! Un terrain fermé, de la même taille, de cricket ; Deux courts de tennis ; Une piscine à 4 lignes ! Deux bâtiments en brique sont placés de chaque côté de la piscine, faisant partie du complexe. Ils contiennent probablement des vestiaires, mais sont hauts de deux étages.

Vous voyez enfin d'autres personnes, qui semblent être en charge de l'entretien du paysage de ce lieu. Vous leur dites bonjour ; ils ne répondent pas, à moitié dans leur activité ou leur discussion. Peut-être vous prennent-ils pour un touriste. Peut-être plus simplement, vous rappelez-vous, ne parlent-ils pas anglais.

À côté de la piscine, vous voyez maintenant clairement une zone blanche, au sol marbré : une zone extérieure, en amphithéâtre, de conférences, annonces ou évènements, qui vous fait dire le mot "luxe" ; ou plutôt "Amérique".

Vient ensuite un grand disque d'herbe, de peut-être plus de 100m de diamètre, et une personne en son centre, l'arrosant. Une épaisse corde est posée en cercle à quelques mètres du bord du disque en son intérieur.


Très vite, vous rencontrez plusieurs personnes : la bibliothécaire, souriante lorsque vous approchez, qui ne sait répondre à votre question, et vous recommande de retourner près de l'entrée pour voir le principal de l'école ; quelques élèves, qui vous saluent poliment, respectueusement ; vous revoyez aussi la personne qui vous a montré votre chambre ; et quelques autres. Bien qu'il y ait peu de monde à l'extérieur, vous profitez de chaque interaction en vous renseignant sur l'école et sur la personne en face de vous, et en échangeant un sourire.

Vous avez peu d'indications, globalement ; mais ces interactions vous donnent une idée de plusieurs aspects de l'école. Quant à quoi faire, vous êtes toujours un peu perdu.

Vous finissez votre tour, et rentrez dans votre logement.


Où êtes-vous, quel est cet endroit ? Pourquoi avez-vous choisi de venir ici ? Allez-vous être obligé de prendre des habitudes pour lesquelles vous avez un ressenti clairement négatif, en contradiction avec vous-même ? Cela fait plus de 24h que vous n'avez pas dormi… Devriez-vous vous adapter si l'environnement dans lequel vous êtes mis vous demandait de devenir quelqu'un d'autre ? On peut bien réussir à vivre dans une dissonance entre soi et son environnement, si on sait suffisamment s'adapter et suffisamment se respecter, n'est-ce pas ?


Vous sortez de cet état et allez chercher le principal.

À l'entrée du bâtiment indiqué par la bibliothécaire, vous trouvez un jeune gardien qui vous accompagne vers le principal. Ce dernier n'est pas disponible tout de suite ; vous l'attendez 10 minutes dans son bureau. En face de l'entrée, des sièges, un canapé et une table basse sur laquelle deux verres vides sont posés forment un imposant coin de discussion. Son bureau se trouve entre ce coin tranquille et une étagère creusée dans le mur derrière. Autour de vous, des prix en éducation sur les quatre grands murs de la pièce ; beaucoup de prix sportifs, notamment. Ils sont en majorité distribués par la région indienne dans laquelle cette école se situe.

Un souriant bonhomme en costume arrive alors, et vous invite à vous asseoir sur le canapé. Il vous pose plusieurs questions : certaines liées à votre recrutement, d'autres à ce que vous voudriez et pourriez faire ici, puis il vous détaille votre mission. Toujours vague, mais plus clair et concret qu'avant, pour vous.

Il vous recommande d'agir auprès des élèves plus en tant que grand frère que professeur. Vous pourrez leur enseigner, mais il est dans la méthode de l'école d'apporter aux élèves la motivation d'apprendre ce qu'ils ont à apprendre, en étant proche d'eux.

Amicalement, il vous dit rester disponible pour vous, et vous propose d'aller visiter, de vous habituer, d'observer ; de comprendre le fonctionnement de l'école.


Vous refaites des tours de marche et rencontrez de nouvelles personnes. Vous en ratez le déjeuner à la cantine.


La soif se fait maintenant sentir. Vous partez à la recherche d'une bouteille d'eau, pour pouvoir stocker de l'eau et la purifier ; ce qui vous a été conseillé par votre médecin, pour ce voyage.

Vous passez par les mêmes chemins, maintenant que vous les avez tous faits, et demandez à ceux que vous croisez des indices pour trouver une bouteille. En vain. Il semble que tout le monde boive l'eua directement des robinets. Enfin le principal vient vers vous, près de votre bâtiment. Il habite ici aussi, au dernier étage. Lui non plus n'a pas de bouteille d'eau. Une dame sort d'en face de votre entrée de logement, dans le même bâtiment, et le principal la salue, camaradement, et lui demande pour une bouteille d'eau. Elle vous fait entrer chez elle. À peu près la même chambre que vous, on dirait, mais où les murs et le sol sont remplis de décorations. Il y fait bon vivre.

Elle vous donne une bouteille en verre, comme de jus, et vous assure qu'elle sera parfaite pour vous. Comme neuve !

En revenant chez vous, vous la remplissez. L'intérieur du bouchon et sa zone de contact sur la bouteille ont de vielles traces orangeâtres. Peu importe, ça doit être à peu près propre quand même. Vous la purifez et en buvez un peu.


Vous vous assoupissez un peu.

Vous ressortez, recontrez d'autres personnes, et profitez encore une fois du soleil.

La faim venant, vous rentrez et dégustez de déliceuses boules creuses de sel et poivre, en masse, dans votre chambre, avant de vous coucher et de vous endormir tôt.


Cette journée vous aura montré l'agréable microcosme dans lequel vous vivrez normalement pour les prochains mois. L'assurance de toujours croiser quelqu'un quand vous marchez sur une route, la tranquilité de la vie de tous, des enfants qui ont hâte de vous rencontrer ; et une mission qui consiste justement à vous rapprocher des élèves. Un lieu clotûré, où tout le monde se connaît, et où vous n'hésitez pas, vous aussi, à saluer chaque personne que vous croisez. Une petite société.